Article l’Opinion : Conférence de Munich

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22 février 2018

Sécurité internationale: Arnaud Danjean s’inquiète d’un «monde fragmenté, sans direction»

Article L’Opinion

Le Munich Security Conférence a été, le week-end dernier, le théâtre de monologues, parfois agressifs, sans recherche de convergences. De retour de ce « Davos de la sécurité », le député européen, auteur de la récente Revue stratégique française, s’est confié à l’Opinion.

Créée en 1962 sous le nom de Wehrkunde, la Munich Security Conférence (MSC) se déroule tous les ans en février. L’édition 2018 de ce grand rendez-vous annuel sur les questions stratégiques s’est tenue il y a quelques jours dans la capitale bavaroise, en présence de plus de 500 participants de haut niveau, gouvernementaux ou experts, venus du monde entier.

« Au bord du précipice » (To the Brink – and back ?) Le thème de la grande conférence annuelle de Munich sur la sécurité, qui s’est tenue le week-end dernier dans la capitale bavaroise, ne péchait déjà pas par un optimisme débridé. Au terme de trois jours de travaux à l’Hôtel Bayerischer Hof, son président, le diplomate allemand Wolfgang Ischinger, a dû pourtant reconnaître que le monde n’avait pas fait un seul pas en arrière pour s’éloigner du gouffre.

Le député européen (LR) Arnaud Danjean est un vieil habitué de cette conférence. Comme d’autres participants, il en est revenu cette année très inquiet : « Ce qui m’a beaucoup frappé, c’est que chacun y vient désormais avec ses idées et ses intérêts, assène ses certitudes et affirme sa position sans complexe. Il n’y a pas de recherche de solutions communes ou de convergences. » En bref, le contraire de la diplomatie !

L’ambassadeur Michel Duclos, dans une note pour l’Institut Montaigne, partage ce constat, évoquant « la montée des tensions sans recherche de terrains d’entente ». Un autre diplomate, Jean-Marie Guéhenno, ancien président d’International crisis group, régissait en direct sur Twitter face au « danger » de voir « l’émotion et l’effet (spin) » prendre le pas sur le dialogue, lorsque le président ukrainien Petro Poroshenko a brandi un drapeau européen pour dénoncer la Russie ou que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a exhibé un morceau de drone pour mieux menacer l’Iran.

Arnaud Danjean, qui a présidé à la rédaction de la récente Revue stratégique pour le ministère français des Armées, considère que Munich confirme le diagnostic, exposé dans ce document, d’« un monde multipolaire en voie de fragmentation et sans direction dans les deux sens du terme, c’est-à-dire à la fois sans leadership et sans orientation ». « Chacun reste dans sa ligne d’eau et basta ! » conclut-il.

La Syrie en a fourni un exemple abouti. Alors que tous les acteurs internationaux étaient présents, « on est resté avec la langue de bois de chacun », avec « des Russes très positifs sur leur bilan, des Iraniens très fermés, des Américains très embarrassés, des Israéliens très véhéments », raconte Arnaud Danjean. Pour Michel Duclos, qui a été ambassadeur à Damas, « les débats sur la Syrie ont conduit à une juxtaposition de points de vue antagonistes. Les désaccords entre la Turquie et ses alliés européens et américains ont été rappelés sans qu’apparaisse d’ouverture. »

Sur un dossier aussi difficile, ce n’est pas peut-être pas étonnant, pas plus que l’affrontement entre Washington et Moscou sur les accusations d’ingérences russes dans la campagne présidentielle américaine, « incontestables » pour le général McMaster, conseiller de Trump, mais « fake news » pour Serguei Lavrov, chef de la diplomatie russe. « Munich a vu resurgir bien des aspects de l’atmosphère de la Guerre froide », reconnaît Michel Ducos. Mais, comme le rappelait le Russe Vladimir Fédorovski dans l’Opinion, « durant la guerre froide, il y avait des manipulations, de la désinformation, mais il y avait des règles. Aujourd’hui, les gens mentent et croient à leurs propres mensonges ».

A Munich, les désaccords et les tensions se sont exprimés jusqu’au sein de ce qu’on appelle parfois la « famille occidentale ». Si la politique erratique de Donald Trump continue à inquiéter les Européens, le secrétaire général de l’Otan, le norvégien Jens Stoltenberg, n’a pas contribué à apaiser les choses avec une intervention mettant en garde contre les modestes efforts de l’Union européenne pour se doter d’une défense commune. « Nous sommes tombés des nues en écoutant ce discours qui nous faisait revenir plus de vingt ans en arrière », raconte Arnaud Danjean. Jens Stoltenberg a ainsi parlé des « risques » d’une division entre Européens et d’un affaiblissement du lien transatlantique. Ce qui lui a valu un tacle de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Bonne ambiance entre les deux institutions bruxelloises…

Le discours de la Britannique Theresa May, appelant à un nouveau traité sur la sécurité entre l’UE et le Royaume-Uni post-Brexit, a été généralement apprécié, tout comme le volontarisme affiché par la France et l’Allemagne. Mais là encore, « le duo des deux ministres Florence Parly et Ursula Von der Leyden a fait apparaître quelques dissonances derrière l’affichage d’une coopération sans nuage », décrypte Michel Duclos. « Les Allemands sont totalement pris par leur jeu politique interne », ajoute Arnaud Danjean, qui reconnaît qu’ils sont « un peu tièdes » face à l’« initiative européenne d’intervention » d’Emmanuel Macron.