Le Figaro : « Le plus difficile : le recueil du renseignement »

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24 mai 2017

Arnaud Danjean réagit à l’attentat perpétré à Manchester, qu’a revendiqué l’État islamique.

LE FIGARO. – Les services de sécurité britanniques ont-ils une réputation de compétence et d’efficacité ?

Arnaud DANJEAN . – Oui, incontestablement les services britanniques, familiarisés de longue date avec le terrorisme, sous toutes ses formes, sont compétents. Ils sont sans doute ceux – à part peut-être les Israéliens – qui sont allés le plus loin dans l’intégration de leurs différentes structures antiterroristes. Suite au 11 Septembre et plus encore après les terribles attentats de Londres en 2005, les services de renseignement (connus sous leurs anciennes abréviations de MI5 pour l’action intérieure et MI6 pour l’action extérieure) et la police ont mis en place des dispositifs centraux et régionaux très opérationnels et très intégrés. Malheureusement, Manchester est l’illustration tragique que même avec un dispositif intelligent et des compétences reconnues, l’infaillibilité n’existe pas en contre-terrorisme.

Si l’on considère l’équilibre à rechercher entre sécurité et libertés, quels choix ont fait les Britanniques ?

Les services britanniques sont, en budget et ressources humaines, mieux dotés que la plupart de leurs homologues européens. Ils ont surtout une organisation qui va beaucoup plus loin dans l’intégration entre services de renseignement (intérieur, extérieur, technique) et police. Avec des moyens légaux très intrusifs, en effet, et qui sont d’ailleurs souvent contestés par des ONG. Les recours devant la justice et les débats publics sont toujours d’actualité en Grande-Bretagne sur ces dispositifs.

La coopération européenne en matière de lutte contre le terrorisme vous paraît-elle aujourd’hui satisfaisante ?

Cette coopération est intensive depuis plus de quinze ans. Pour ce qui est de l’opérationnel, il faut être au plus près du terrain et ce n’est pas une superstructure européenne qui peut utilement se substituer aux services nationaux. Avant d’échanger un renseignement, le plus dur est de le recueillir et d’en tirer la substance véritablement opérationnelle.